Auteur(s) : N. GERVAISE
Service : Médecine B - hôpital Bretonneau CHRU Tours
Les maladies cardiovasculaires représentent un des problèmes majeurs de santé publique et la plus vaste étude épidémiologique jamais réalisée dans ce domaine, létude MONICA (Multinational mONItoring of trends and determinants of CArdiovascular diseases) a été lancée, sous légide de lOMS, pour analyser si la baisse de mortalité coronaire constatée au cours de la Conférence de Bethesda en 1979 était réelle, pour en déterminer lorigine (baisse de la létalité, de lincidence) et analyser les liens de ces variations avec celles du niveau des différents facteurs de risque et de leur prise en charge.
Pour cela, depuis 1985, 38 centres de surveillance de linfarctus du myocarde répartis dans 21 pays sur 4 continents établissent des registres.
En France, 3 registres de surveillance des cardiopathies ischémiques existent depuis cette date : dans le Nord à Lille, dans lEst à Strasbourg et dans le Sud à Toulouse. Sous la surveillance de lOMS et selon un protocole commun, lensemble des cas dinfarctus du myocarde, mortels ou non, survenant chez les sujets âgés de 35 à 64 ans dans laire surveillée est colligé. Ainsi, tous les événements ischémiques coronaires, leur prise en charge thérapeutique initiale et la survie à 28 jours des patients sont enregistrés grâce aux réseaux de surveillance où collaborent médecins généralistes, cardiologues, services hospitaliers publics et privés, DDASS et mairies. Parallèlement à ces registres sont réalisées à intervalle régulier des enquêtes transversales de population (à partir des listes électorales) afin de mesurer les niveaux des facteurs de risque cardiovasculaires.
Ainsi les données internationales ont permis de confirmer la diminution de la mortalité par infarctus du myocarde en moyenne de 2,7% par an chez les hommes et de 2,1% par an chez les femmes soit plus de 20% en 10 ans, cette baisse étant liée pour les 2/3 à une diminution de la prévalence et pour un tiers à celle de la létalité (pourcentage de sujets décédés après un IDM). Il a pu être mis en évidence un gradient Nord-Sud décroissant pour la survenue des maladies cardiovasculaires dans le tiers inférieur duquel sinscrit la France.
En effet, lanalyse des données des centres français de 1985 à 1992 a permis dinfirmer lexistence dun paradoxe français , les pays situés plus au Sud, et en particulier lEspagne (Barcelone) présentant un taux de survenue dIDM plus bas que le centre de Toulouse. Elles ont également démontré une hétérogénéité entre les 3 centres notamment en terme de létalité (baisse annuelle 0,3% à Lille, 1,7% à Strasbourg et 3,8% à Toulouse). A Strasbourg, la mortalité a baissé (IDM moins fréquent et moins souvent fatal) ; à Toulouse, la mortalité a baissé bien que la fréquence de survenue de lIDM soit la même en raison dune amélioration de la survie après infarctus ; en revanche, à Lille, durant cette période la mortalité na pas évolué malgré une baisse de lincidence. Ces différences sont peut-être explicables par le recours précoce plus fréquent des procédures invasives diagnostiques ou thérapeutiques dans le post-infarctus à Toulouse quà Lille. Lanalyse des prescriptions médicamenteuses dans les suites de linfarctus a permis de vérifier limpact des recommandations thérapeutiques en montrant notamment sur cette période un croisement des courbes de prescription des b-bloquants en augmentation et des inhibiteurs calciques.
La dernière enquête de population réalisée en France de 1995 à 1997 sur des sujets sains a mis en évidence, là-encore des différences entre les 3 régions dans les niveaux de facteurs de risque cardiovasculaire. En effet, à Lille, les sujets sont plus fréquemment tabagiques, sédentaires avec une consommation dalcool plus importante, hypertendus, diabétiques quà Strasbourg et surtout à Toulouse. La prise en charge de lHTA et des anomalies métaboliques passe le plus souvent par le recours au médecin généraliste. Il faut noter que les mesures thérapeutiques pour corriger ces facteurs de risque en prévention primaire sont le plus souvent insuffisantes : seuls 10% des sujets hypertendus, 25% des hypercholestorémiques et 30% des diabétiques sont traités et équilibrés. Ces résultats rejoignent ceux de létude EUROASPIRE en prévention secondaire.
Si les données épidémiologiques confirment la diminution globale de la mortalité par IDM, il reste à améliorer la mise en application des mesures de prévention primaire et secondaire pour diminuer le niveau des facteurs de risque.